« L'électronique tunisienne doit assumer son ambition dans la région MENA »
Entretien avec Walid Benamor, Président d'ELENTICA
Dans un monde où l'électronique est l'infrastructure invisible des transitions numérique, énergétique et industrielle, la Tunisie a toute sa place. Le cluster ELENTICA se positionne comme catalyseur, et ambitionne de donner la visibilité qui se doit à l'écosystème, l'aider à monter en gamme et l'ouvrir à l'international.
Vous avez fondé ELENTICA à une époque où l'industrie électronique tunisienne était peu visible. Quelle est votre vision pour l'écosystème, le cluster et la Tunisie ?
Au lancement, l'électronique tunisienne avait du savoir-faire mais peu de récit : on parlait « main-d'œuvre », rarement « intelligence industrielle ».
Ma vision tient en trois axes :
- Pour l'écosystème : passer de sites isolés à une véritable filière, avec des PME/start-up innovantes, des centres de recherche connectés au tissu productif, et des donneurs d'ordre internationaux qui nous traitent en partenaires et cotraitants.
- Pour ELENTICA : agir en méta-acteur qui coordonne, connecte et accélère, en «produisant» les conditions de succès nécessaires.
- Pour la Tunisie : faire de l'électronique un pilier stratégique aux côtés de l'automobile, de l'aéronautique et des TIC. Nous avons les compétences, la proximité avec l'Europe et une jeunesse technophile ; il manque un cap assumé : passer de «pays atelier» à «pays concepteur et co-développeur».
Vous évoquez souvent l'internationalisation. Quelle stratégie pour renforcer la visibilité des entreprises tunisiennes ?
Ce n'est plus un slogan, c'est vital. Nos entreprises sont solides techniquement mais peu visibles.
Une stratégie en trois leviers :
- Présence collective sur les grands salons avec un pavillon tunisien, une identité commune et un message clair : «Tunisie, plateforme électronique fiable et innovante».
- Marketing de filière : raconter des cas d'usage, références clients, chiffres et témoignages ; le cluster joue la vitrine.
- Intégration dans des chaînes de valeur mondiales (auto, aéronautique, énergie, télécoms, santé...) via certifications, standards, co-innovation et engagements durables. Nous nous appuyons aussi sur la diplomatie économique et la diaspora comme relais.
Alors que certains parlent d'industrie 6.0, comment monter en valeur et sortir de l'assemblage simple ?
La valeur se déplace vers l'ingénierie, le logiciel, la donnée et le service. Notre réponse :
- Montée en compétences ciblée (conception cartes/systèmes, firmware, test-validation-certification, cybersécurité, maintenance prédictive, SAV à forte valeur) avec parcours, certifications et formation continue.
- Transformation des usines en sites intelligents : digitalisation, IIoT, jumeaux numériques, traçabilité en temps réel, optimisation énergétique ; nous accompagnons via diagnostics, feuilles de route et mutualisation.
- Fidélisation des talents : projets stimulants, environnement moderne, reconnaissance ; trajectoires de carrière, intrapreneuriat et connexions à des projets internationaux depuis la Tunisie.
Votre « to-do list » pour les trois prochaines années ?
- Pour le secteur : une feuille de route nationale chiffrée (export, emploi, R&D) avec moyens alignés ; une montée en gamme ciblant des segments où exceller (électronique automobile, énergie, IoT industriel, santé connectée) ; une marque sectorielle forte.
- Pour ELENTICA : multiplier les projets collaboratifs R&D, déployer un programme d'accélération dédié à l'électronique innovante, structurer une présence MENA assumée.
- Pour les entreprises membres : accompagnement sur la certification, l'export et la digitalisation ; création d'un fonds de co-investissement sectoriel ; mise en réseau avec les grandes chaînes de valeur mondiales.